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Vers 1204,
le diacre cathare de Mirepoix lui demanda de rebâtir
Montségur. Démarche singulière, car à
cette époque la Contre-Eglise n'était pas encore
menacée; les Parfaits vivaient au grand jour, prêchaient
et consolaient sans crainte d'être persécutés.
Mais la région de Mirepoix était alors un des
principaux centres de diffusion du catharisme. Il est donc possible,
et même probable, que les dignitaires cathares, informés
de la position d'Innocent III et de ses projets destructeurs, aient
voulu disposer d'un refuge en cas de péril. Lorsque le
château fut rebâti, Raymond de Péreille y
accueillit sa mère Forneira. Elle tint dès lors une
maison de Parfaites et de novices. Il y eut donc à
Montségur, dès avant la croisade, une communauté
cathare. On peut penser que des Parfaits vinrent aussi s'y installer:
tous n'étaient pas taillés pour la prédication;
il y avait parmi eux les penseurs, les méditatifs.
Peut-être les malades, les vieillards venaient-ils y finir
leurs jours. Il est éga-lement probable que l'on y
déposait les sommes considérables que détenait
la Contre-Eglise. Certains venaient recevoir le Consolament et les
simples croyants se ressourcer. Montségur devint un lieu de
pèlerinage, avant d'être le haut-lieu du catharisme et
son ultime citadelle. Lorsque la
croisade se déchaîna, lorsque Béziers,
Carcassonne, les places du Minervois, de la Montagne Noire et des
Corbières tombèrent aux mains de Simon de Montfort, il
y eut un exode massif de Parfaits, de faidits et Montségur
servit de refuge provisoire. Raymond de Péreille s'y installa
définitivement avec sa famille. Malgré les coupes
sombres pratiquées par les croisés, la Contre-Eglise
n'était nullement abattue. Elle combla ses vides et se
réorganisa. Montségur devint le centre de cette
réorganisation. De là partaient les ordres, les
directives, les informations. De là descendaient ceux que l'on
envoyait en mission. C'était vers cette montagne sacrée
que convergeaient les Parfaits et les Parfaites, les faidits les plus
compromis, les agents de renseignements bénévoles ou
stipendiés. Montségur était désormais la
" tête et le siège" de l'hérésie.
Curieusement les croisés l'épargnaient : ils
n'ignoraient point son existence, mais cette forteresse perdue dans
son massif montagneux passait à juste raison pour
inexpugnable. D'ailleurs, Simon de Montfort était trop
occupé à combattre pour perdre des mois au pied de ce
pic. Au concile du Latran (1215), le nom de Montségur
émergea pour la première fois des brumes qui
l'enveloppaient. L'évêque Foulques de Toulouse reprocha
au comte de Foix de l'avoir fait construire pour servir de refuge aux
cathares. Raymond-Roger de Foix prétendit qu'il n'était
pas responsable de ce qui se passait à Montségur, cette
place ne relevant pas de son autorité. Aux heures
les plus sombres, ni l'évêque Guilhabert de Castres, ni
les diacres, ni les Parfaits n'interrompirent leur apostolat ; ils
bénéficiaient d'escortes, de relais sûrs, de
châteaux oubliés par les conquérants et de ...
leur propre courage. Ils redescendirent en masse de Montségur
lorsque Raymond VII eut libéré ses Etats. L'invasion de
l'armée royale, la conquête foudroyante des
vicomtés Trencavel, les contraignirent à se replier
dans leur citadelle religieuse. Le traité de Paris (1229)
acheva de les mettre hors-la-loi. Mais ce fut la création de
l'Inquisition qui leur porta le coup suprême, les
réduisit à une clandestinité dont les
périls croissaient à mesure que les inquisiteurs
remplissaient leurs registres et qu'ils obtenaient des abjurations.
Ils vécurent dès lors dans un climat de terreur, mais
poursuivirent presque tous leur mission avec un héroïsme
qui s'accordait merveilleusement à l'esprit de sacrifice
enseigné par leur dogme. Quelques-uns - fort rares - ne
résistaient pas à l'épreuve et cédaient
à la tentation de sauver une existence qu'on leur avait
pourtant appris à mépriser. Leur réconciliation
avec l'Eglise romaine était facilitée par les
dénonciations. Ces malheureux compromettaient par
lâcheté leurs frères et les meilleurs des
croyants.
Devenu le haut lieu de la
célébration du mythe cathare et le sujet d'élucubrations
ésotériques les plus fantaisistes, Montségur
appartenait depuis le XIIe s. à la famille de Péreille,
qui le tenait du comte de Foix, étant précisé
que le comte de Toulouse en était suzerain, comme du reste du
comté. En 1200, il était inoccupé et sans doute
fortement délabré. Il appartenait alors à
Raymond de Péreille, qui le tenait de sa mère Forneira
(ou Fournière) de Péreille, devenue Parfaite. Raymond,
qui était fils de Guilhem-Roger, coseigneur de Mirepoix, avait
un frère aîné, Arnaud-Roger, lequel hérita
de la coseigneurie de Mirepoix.![]()